Cette rubrique questions–réponses permet à l'association de répondre aux questions les plus fréquemment posées que ce soit par mail, lors des interviews avec les médias, ou lors des conférences données sur le sujet de la socialisation différenciée.
Pourquoi avoir choisi du rose comme couleur de base du site et du logo?
Ce choix surprend, étonne, frappe et nous vaut de nombreuses questions ou remarques.
Signalons tout d’abord que le choix du ROSE est totalement délibéré, il ne s’agit pas d’une préférence due au hasard.
La plupart des couleurs ont une connotation, à l’exception de certaines couleurs plutôt neutres comme le blanc, le beige et le gris. L’emploi de ce type de couleurs plus neutres ne permet pas d’être visible. Or la couleur du logo devant être reprise pour l’autocollant destiné à mettre en évidence les albums labellisés dans les divers lieux dédiés à la lecture, il fallait nécessairement que le choix se porte sur une couleur flamboyante et visible.
Dès lors quelle couleur choisir? Bleu? Cela n’aurait pas été très adéquat car cette couleur est traditionnellement associée au masculin dès le berceau. Relevons que souvent les matériaux qui se veulent égalitaires sont déclinés en jaune ou en vert. Mais le jaune n’est pas très lisible et le vert est déjà utilisé pour des autocollants dans le monde du livre.
Reste le ROSE, couleur souvent décriée car massivement associée de manière peu valorisée au féminin. C'est justement pour cela que le rose a été délibérément retenu. En effet, le but du label est de mettre en évidence les potentiels féminins à travers toutes les catégories de personnages: fille, garçon, femme et homme. Il s’agit clairement d’une action de discrimination positive envers le féminin. Dès lors, pourquoi ne pas le faire avec du rose, mais décliné de manière positive? Cela permet aussi de lui redonner ses lettres de noblesse.
Du reste, saviez-vous que les associations garçon-bleu et fille-rose sont relativement récentes? Il y a un peu plus d’un siècle, le blanc était d’usage et les vêtements des filles étaient ornés d’un ruban bleu, ceux des garçons d’un ruban rose-rouge!
Cédric Pauli – Bibliothèque municipale Forum Meyrin
«– Et ce rose flashy?
– Du rose, où ça?
Même si le trait semble forcé, c’est précisément ce qui s’est produit dans notre bibliothèque. Nous avons relevé la visibilité du logo et son côté très plaisant. Le rose? Oui, mais il paraissait naturellement à sa place. Ce n’est que quelques semaines plus tard, sur un coup de téléphone d’une collègue d’une autre bibliothèque, que j’ai été contraint de questionner ce rose et son impact.
– Tu n’as pas peur que les petits garçons soient contrariés par cet autocollant tout rose?
J’avais juste l’impression d’être passé à côté de la question. A aucun moment, elle ne m’a traversé l’esprit! Bien, pas bien? Je laisse le soin aux spécialistes en communication de répondre.
J’ai quand-même effectué un petit test avec mes enfants – deux garçons de 5 et 10 ans, une fille de 8 ans – sur un échantillon de livres labellisés et d’autres non labellisés. Les autocollant n’ont joué aucun rôle dans le choix des albums qu’ils ont lus ou regardés. Seule une petite partie des filles sont attirées, les autres passent indifféremment d’un album labellisé à un qui ne l’est pas. Ce sont surtout les parents qui sont intrigués et nous questionnent volontiers sur la finalité de ces autocollants et du lab-elle. Jusqu’à présent l’accueil (deux semaines d’exposition) est unanimement positif, même si les discussions n’ont eu lieu qu’exclusivement… avec des mamans.
Le concept visuel de lab-elle atteint à mon avis son but: pas de réticences du côté des garçons, un certain attrait pour les filles, mais surtout un impact positif et constructif envers les parents – mamans – qui représentent dans mon esprit le public cible de cette action de discrimination positive en tant que médiateurs et passeurs du livre auprès de leurs enfants.»
Pourquoi ne pas indiquer d’âge pour les livres labellisés?
Il est difficile d’évaluer l’âge des enfants auxquels un livre est destiné. En effet, cela dépend beaucoup des enfants eux-mêmes, de leur maturité. Comme la plupart des professionnel-le-s du livre, nous préférons conseiller aux gens de feuilleter d’abord les livres en librairie ou bibliothèque avant de faire leur choix. Cependant, certains sites donnent des indications d’âge pour les albums illustrés, comme www.ricochet-jeunes.org. N’hésitez pas à les consulter.
Un sujet de controverse est apparu à la fin de l’année 2007 dans certaines bibliothèques: faut-il coller l’autocollant «album attentif aux potentiels féminins» sur les albums labellisés?
Cette question a fait l’objet d’un forum de discussion auprès des professionnel-le-s suite à un article paru dans le quotidien genevois Le Courrier.
Quelques extraits du débat sur le forum Swisslib sont reproduits ci-dessous.
extrait de l’article paru dans le Courrier du 8 novembre 2007 – signé Virginie Poyetton
«Si les bibliothèques municipales lausannoises ont déjà collé le petit label sur les ouvrages recommandés, la Ville de Genève est beaucoup plus réservée. "Nous reconnaissons le travail effectué, mais notre parti pris est celui de la neutralité", commente Isabelle Ruepp. Pour la directrice des Bibliothèques municipales de Genève, la démarche entreprise par les deux femmes est un point de vue parmi d’autres qui ne doit pas être favorisé. La responsable met donc les listes fournies par lab-elle à disposition des lecteurs intéressés, mais n’apposera pas l’autocollant.
Du côté des bibliothèques scolaires, Patrick Johner, directeur adjoint au Service écoles et médias (SEM) du département genevois de l’Instruction publique, évoque l’éthique professionnelle pour expliquer le non-usage des autocollants. "S’il y a trop d’étiquettes, ce n’est plus un livre. On ne fait pas non plus figurer la référence au prix Goncourt." Le SEM mettra en revanche les livres labellisés à disposition des élèves pour le concours lab-elle '08.
Pour Juliette Rossier, responsable du secteur jeunesse pour les Bibliothèques municipales de Lausanne, la question de la neutralité ne se pose pas en ces termes. "Je ne pense pas qu’il faille prendre parti, mais il est important de montrer la réalité dans laquelle évoluent les enfants." Elle reconnaît ne pas avoir hésité. "Notamment parce qu’on nous avait demandé de tels ouvrages à plusieurs reprises. Ce label est aujourd’hui un outil précieux de recensement." Depuis l’été, une série de panneaux et flyers expliquent la démarche aux lecteurs lausannois.»
Eric Monnier – bibliothécaire-responsable Centre de documentation CEC Nicolas-Bouvier – initiateur du débat
«[...] Venons-en aux raisons qui me conduisent à dire non à de tels autocollants, quelque sympathie que je puisse éprouver pour la cause défendue. Je passe sur le problème technique de la place d’un tel ajout sur un livre souvent déjà pas mal "décoré" d’étiquettes diverses et variées, nécessaires à la gestion de nos documents (cote, etc.), quoique le problème puisse se poser à l’occasion. Mais c’est bien une question plus fondamentale qui se pose, celle, en effet, de la neutralité de la bibliothèque, comme le dit Madame Ruepp, directrice des BM genevoises. Rappelons au passage notre Code de déontologie, dont divers articles pourraient être en contradiction avec une telle action. Le problème est qu’on pourrait voir se multiplier ces labels. [...] on pourrait aussi nous proposer d’autres autocollants, promouvant des ouvrages conformes aux "vraies" valeurs... chrétiennes, ou islamiques, ou occidentales, voire helvétiques (un p’tit mouton blanc ?) ou encore familiales (bannissant divorce, adultère, homosexualité...) etc. Et puis contrairement à une librairie, qui vend ses livres et où une telle signalétique peut se défendre, l’acheteur étant libre ensuite de l’enlever ou de la laisser, la bibliothèque conserve, à plus ou moins long terme, ses ouvrages (pour les faire circuler bien entendu). Or les idées évoluent, les sensibilités par rapport à telle ou telle problématique également. La pertinence d’un logo de ce genre, peut donc varier avec l’évolution des mentalités. Voila pourquoi, je considère que ce "lab-elle" en bibliothèque est une fausse bonne idée. Mais le débat est ouvert, à vous de le poursuivre... »
Myriam Erwin
«[...] en effet, la promotion des ouvrages retenus par lab-elle peut se faire aussi sans autocollants: soit en mettant les-dits ouvrages en valeur sur un présentoir réservé, en organisant une petite exposition soit en donnant la possibilité aux parents d’y prêter attention: par exemple, il est possible de télécharger sur le site lab-elle des listes de ces ouvrages... et ainsi de mettre à disposition des usagers des listes spécialisées.
Et en tant que maman et "usagère" de la lecture publique, je ne puis que féliciter les femmes à l’origine de cette initiative et espérer que les bibliothèques s’en feront l’écho, au moins pour guider leur politique d’acquisition: je n’y verrai pas tant un parti pris partisan de féminisme qu’une démarche professionnelle. En effet, ces albums reflètent sans doute davantage la réalité familiale et sociale d’aujourd’hui, où le rôle parental est mieux réparti et où les femmes participent activement à l’activité économique, sociale et culturelle de la Suisse, que les albums de notre jeunesse.»
Cédric Pauli – Bibliothèque municipale Forum Meyrin
«La bibliothèque municipale Forum Meyrin a été séduite par la philosophie de l’association lab-elle et a décidé:
– de participer au lab-elle
– de mettre en évidence les albums concernés en y apposant les autocollants.
Pourquoi ?
– parce qu’il est un formidable outil à notre disposition pour remplir un des rôles fondamentaux de notre institution : mettre à disposition de toutes et tous des « outils » d’aide à la construction de la personnalité,
– parce que nous estimons qu’il est également de notre devoir de promouvoir des valeurs égalitaires et d’intégration.
Et notre éthique ? Qu’en est-il de nos devoirs de neutralité, d’encyclopédisme ? Notre fonds reste encyclopédique et nous savons toutes et tous pertinemment que notre travail est en permanence teinté par la subjectivité. Nous avons pris le parti d’aller au-delà de la réflexion technique "1 autocollant et pourquoi pas 2 ou même 5?". Devrions-nous faire face à une avalanche de labels? Nous les étudierions un par un, en fonction d’un contexte, d’une époque, de valeurs. C’est aussi cela notre travail. Oui, nous devons être encyclopédiques. Oui, nous devons exercer une certaine neutralité politique, religieuse, etc. Cela nous dispense-t-il de promouvoir certaines valeurs sociales ou humaines? Nous ne le pensons pas! Le livre est un medium fondamental dans la construction de l’identité chez les enfants, dès leur plus jeune âge. Le lab-elle est plus qu’un simple outil de sensibilisation à l’égalité, à une valorisation du rôle des femmes dans notre monde. Contrairement à l’impression générale, la production actuelle est clairement déficitaire en terme d’image pour la femme, et les filles en particulier. Ce lab-elle signale aux parents des ouvrages qui permettront aux petites filles de s’identifier à des personnages plus en phase avec la réalité quotidienne, valorisants et sortant des stéréotypes d’il y a 50 ans. Et aux petits garçons de se construire un monde où la femme n’est pas cantonnée dans son rôle de mère au foyer. Tous nos albums sont regroupés en 12 thèmes, répartis dans différents bacs (quotidien, sentiments, imaginaire, loisirs, famille, etc.). La thématique valorisée par le lab-elle est transversale et peut être commune à tous les thèmes. S’agissant d’une lecture particulière de ces thèmes, elle les complète. Les albums labellisés sont identifiables par l’autocollant, mais répartis dans tous les bacs. Une bibliographie à l’intention des parents est disponible dans nos locaux. Ce lab-elle nous aidera dans notre mission de médiateur.»
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